Les hauts faits de Dieu

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Nous venons d’écouter longuement la Parole de Dieu. L’Ancien et le Nouveau Testament ont touché nos oreilles. Le Seigneur a voulu nous faire connaître ses hauts faits. Écouter l’Écriture Sainte est bien plus que la communication de faits et d’événements mis par écrit sur du papier. Chaque fois, nous avons répondu « Nous rendons grâce à Dieu » ou encore « Louange à toi, Seigneur Jésus ». Nous avons reconnu dans ces textes que Dieu est présent dans notre monde et dans l’histoire humaine.

Nous remercions Dieu de nous avoir fait passer la Mer Rouge – oui, je dis bien « nous », car saint Paul nous a rappelé que dans le baptême nous participons sacramentellement à la mort et à la résurrection du Christ. En ce temps de Pâques, des enfants et des adultes vont être baptisés. Être plongé avec tout son corps dans l’eau lors de son baptême, cela a une autre signification symbolique que verser quelques gouttes d’eau sur le front ou la tête.

L’Apôtre Paul évoque certainement le baptême par immersion, car l’immersion est comme une expérience de mort et sortir de l’eau est sans doute vécu comme une expérience de vie. « Frères, nous tous, qui avons été baptisés en Jésus Christ, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés. » Et nous sommes appelés à une nouvelle vie. Saint Paul dit : « Si nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi. »

Nous participons donc à la résurrection du Christ. La toute-puissance de Dieu fait également de nous des hommes nouveaux. Être un homme nouveau, c’est ne plus être esclave du péché, c’est vivre dans une nouvelle liberté, c’est vivre avec le Christ. Nous avons été appelés à vivre ce carême comme  un chemin vers des retrouvailles avec la liberté que le Christ nous a acquise. Je voudrais que, pour nous tous, la veillée pascale, avec ses lectures et ses rites, soit une fête qui confirme la liberté reçue au baptême.  « Lui qui est vivant, dit saint Paul, c’est pour Dieu qu’il est vivant. De même vous aussi : pensez que vous êtes morts au péché, et vivants pour Dieu en Jésus Christ. »

Nous allons bientôt poursuivre la célébration de la veillée. Il s’agit d’un des plus beaux offices de toute l’année liturgique. Nous touchons les fondements de notre être chrétien, car nous célébrons le mémorial de la mort et de la résurrection du Christ dans un contexte particulier. L’Évangile de la résurrection selon saint Mathieu a une particularité par rapport aux autres. Mathieu nous fait en quelque sorte assister à la résurrection du Crucifié. Cela commence avec un grand tremblement de terre. L’Ange du Seigneur est là et roule la pierre. Cette pierre, c’est celle de tous nos enfermements, nos égoïsmes, notre péché. Cet événement de la résurrection nous rappelle que la mort et le péché ne peuvent avoir le dernier mot. Le Christ ressuscité veut nous associer à sa victoire.

Cette célébration va se poursuivre par la bénédiction de l’eau qui servira pour les baptêmes. Par ce sacrement, nous avons été immergés dans cet océan d’amour qui est en Dieu Père, Fils et Saint Esprit. C’est ce que va nous rappeler l’aspersion. Mais pour bien manifester que nous voulons nous attacher au Christ, nous allons confesser la foi de notre baptême et manifester notre désir de vivre d’une vie nouvelle.

Oui, béni-sois-tu, Seigneur, pour cette merveille de ton amour. Garde-nous dans l’émerveillement de cette nuit et dans la joie de nous savoir aimés de toi. Amen

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L’Amour est crucifié

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Ce long récit de la passion nous montre Jésus qui est exténué par la fatigue. Il n’a pas dormi de la nuit. Il est ensanglanté, enfiévré. Il avance vers le Calvaire en portant sur ses épaules la lourde croix de bois. Simon de Cyrène est réquisitionné pour l’aider à porter cette croix puis pour la porter lui-même à sa place car Jésus tombait ; mais il se relevait toujours. Nous avons tous une croix à porter. Ces croix s’appellent souffrances, longue maladie, accident, épreuves familiales… La croix éclaire ce que nous vivons. Nous ne souffrons pas moins mais nous souffrons autrement.

Il y a deux manières d’accepter nos croix, en les acceptant ou en les refusant. Mais si on les refuse, on les a quand même, avec en plus le poids de la révolte. Et la souffrance en est redoublée. Si on les accepte, on a bien sûr la même douleur, mais une douleur pacifiée. Les yeux levés vers le ciel, on supporte la vie telle qu’elle est.

Comme le Christ, il peut nous arriver de tomber. Et comme lui, on se relève. Ne craignons pas notre faiblesse, nos défaillances, notre vulnérabilité. Remettons-nous debout pour avancer. Une seule chose nous est interdite : le blasphème car c’est justement ce que Satan attend de nous. Ne lui donnons pas cette joie.

Il peut nous arriver d’aider un autre à porter sa croix quand nous soulageons le chagrin d’un enfant, d’un vieillard, quand nous avons écouté, réconforté, rendu service… Le feu de l’amour et l’amour c’est le Christ. C’est lui qui nous aide à porter notre croix. Il infuse alors Sa force à lui.

Puis c’est le Crucifiement : Jésus meurt sur la croix entre deux brigands. C’est l’heure des ténèbres, le paroxysme de la souffrance. Il ressent l’abandon, celui que nous connaissons aussi. Il pardonne à ses bourreaux. Sa mission divine est terminée : « Tout est accompli. »… « Mon Père, entre tes mains, je remets mon Esprit. »

L’amour est crucifié. L’amour crucifie toujours… Le trop grand amour reste toujours incompris… la race des hommes n’a pas changé. Les uns sont étanches à tes paroles. Les autres se laissent saisir par ton amour… Plus tu aimes, plus tu prends le risque de te voir délaissé. La pire des tentations c’est le découragement. Le Christ l’a connue comme nous et pour nous. La seule issue c’est la confiance, l’abandon au Père : Père, je remets mon esprit entre tes mains. » Un jour, nous pourrons dire : « Tout est accompli ».

En communion les uns avec les autres et avec toute l’Église, nous pouvons proclamer : « Victoire, tu régneras! Ô Croix, tu nous sauveras ».

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« Il les aima jusqu’au bout… »

Textes bibliques du jour : Lire

« J’ai ardemment désiré manger cette pâque avec vous avant de souffrir » (Luc 22,15). Ce sont les paroles mêmes de Jésus au début de son dernier repas avec ses apôtres. En réalité, c’est son désir permanent. Aujourd’hui comme hier, il souhaite demeurer avec les siens ; il veut être avec nous. Ce soir, nous pouvons nous poser la question : avons-nous ce désir d’être avec lui, au moins un petit peu ? Saurons-nous lui offrir ce peu de compagnie et d’affection dont notre cœur est capable ?

Si nous regardons de près, il faut bien reconnaître que c’est toujours lui qui fait l’effort d’être auprès de nous. Il fait sans cesse le premier pas vers nous. Au soir du Jeudi Saint, le dernier soir de sa vie, il réunit ses disciples. Dans un suprême élan d’amour, il continue à se lier définitivement à eux.

Les textes bibliques nous enseignent que Jésus se mit à table avec les Douze. Il prit le pain et le distribua en disant : « ceci est mon Corps livré pour vous. » De même, il prit la coupe : « ceci est mon sang versé pour vous ». Ce sont ces paroles que les prêtres vont prononcer sur l’autel. Et c’est le même Seigneur qui invitera chacun de nous à se nourrir du pain et du vin consacrés. C’est ainsi que Jésus a « inventé » l’impossible pour rester à nos côtés. C’est de cette manière qu’il a choisi d’être proche de ses disciples à travers l’histoire.

En réalité, il ne veut pas seulement être proche. Il désire être au-dedans de ses disciples. Pour nous, il devient nourriture, chair de notre chair. Ce pain et ce vin sont la nourriture que Dieu nous envoie. Ils continuent à être un remède et un soutien pour notre vie. Ils nous unissent à Jésus pour nous rendre semblables à lui. C’est ainsi que nous apprenons à désirer les choses qu’il désirait. En donnant ce pain et ce vin, le Seigneur fait jaillir en nous des sentiments de bonté, d’affection, d’amour et de pardon.

C’est au nom de cet amour que Jésus va accomplir un geste très important. Il s’agenouille devant ses disciples pour leur laver les pieds. Ce geste était fréquent chez les juifs car il y avait beaucoup de poussière sur les chemins. En temps ordinaire, un serviteur se mettait à la disposition du visiteur pour accomplir cette tâche. Ce qui est nouveau dans cet évangile, c’est que Jésus lui-même se fait serviteur. Nous comprenons l’étonnement de Pierre et son refus. Mais pour être en communion d’amour avec le Christ, il doit accueillir le témoignage qu’il nous laisse.

Dans notre monde, on court beaucoup après les honneurs, le prestige, le pouvoir. On se débarrasse de ceux qui font obstacle ou qui gênent. L’Évangile du Jeudi saint nous invite à prendre le contre-pied de cette orientation. C’est un commandement de Dieu lui-même. Se laver les pieds les uns les autres c’est être au service des plus faibles, des malades, des personnes ans défense. C’est une nouvelle façon de vivre.

Voilà donc deux tables, celle du lavement des pieds et celle de l’Eucharistie. On ne peut séparer la liturgie du service fraternel. L’un et l’autre participent au même élan. Le Christ que nous accueillons en allant communier nous entraîne à nous mettre au service des autres. Lui-même nous a donné l’exemple. Son amour est allé jusqu’au don de sa vie.

Aujourd’hui, dans l’Église d’Occident, l’Eucharistie pose question. Nous assistons à une diminution drastique du nombre de messes dominicales et à une baisse du nombre de pratiquants réguliers. Ailleurs, la messe  ne peut être célébrée que dans la clandestinité.  Quand l’Eucharistie est en souffrance, les communautés chrétiennes le sont aussi. N’oublions pas ce que disait le concile Vatican II : « L’eucharistie construit l’Église. »

L’épreuve est souvent une invitation à revenir à l’essentiel. La commémoration de la dernière Cène est pour nous l’occasion de revenir à cette source. Au soir du Jeudi Saint, les apôtres n’ont pas seulement entendu un discours. Ils ont vécu un événement qui a bouleversé leur cœur. Ils ne seront plus jamais comme avant. Pour nous chrétiens, la célébration de l’Eucharistie doit être de cet ordre. C’est un événement qui transforme en profondeur celui qui se laisse laver les pieds par le Christ.

Jésus est le premier à enlever sa tunique pour revêtir l’habit du serviteur. Nous aussi, nous devons nous débarrasser de notre orgueil qui nous empêche de rejoindre le Christ en toute vérité : c’est ce que nous rappelle inlassablement le pape François : une Église pauvre au service des plus pauvres.

Demandons au Seigneur de nous placer dans cet esprit d’amour et de service afin de transformer le monde autour de nous. Ayons toujours présente en nos cœur cette parole de l’Évangile : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ».

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Sources : Revues Signes, Feu Nouveau et Dimanche en Paroisse – La parole de Dieu pour chaque jour de 2014 (V. Paglia) – Lectures bibliques des dimanches (A. Vanhoye)